Champions League : Arsenal muselle le Barça

Publié le par Atango

Il n'y a que le football pour nous procurer de telles émotions. Ce mercredi 16 février 2011, Arsenal a battu le Barça. Si vous revenez d'un séjour prolongé sur une autre galaxie, cela n'est qu'un résultat sportif parmi tant d'autres. Mais pour toute la planète foot, il s'agit d'un sacré séisme.

 

En effet, au vu de la saison exceptionnelle que le Barça réalise cette année en Espagne, tous les observateurs, moi le premier, avaient prédit que les Gunners prendraient une leçon de foot à l'occasion de ce match. La question n'était donc pas "qui gagnera ?" Mais "quel sera le score en faveur des Catalans ?"

 

Car la Guardiola Team de cette année a amené le football collectif à un niveau jamais atteint dans l'histoire. Basé sur le jeu en triangle, la vitesse des automatismes et possédant une super flèche nommée Lionel Messi, les Catalans sont rois en Espagne, où même l'ennemi madrilène semble relégué au rang de spectateur.

 

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Ce mercredi, le Barça s'est présenté avec son équipe type, à l'exception peut-être du vieux combattant, le capitaine Carles Puyol, blessé à un genou. Du côté des Gunners, l'escouade était également quasi complète : Samir Nasri, tout juste remis d'un souci à la cuisse gauche, retrouvait ses camarades. Seul Bacary Sagna était absent. Eboué tenait donc le côté droit, avec face à lui un certain David Villa.

 

D'entrée de jeu, le Barça fait ce qu'il sait faire le mieux : confisquer le ballon. Les passes s'enchaînent à une vitesse hallucinante, le cuir passe et repasse sous les yeux des Anglais, dessinant toutes les figures de géométrie connues. De temps en temps, Lionel Messi est lancé plein axe. Variante : Dani Alvès se colle à sa ligne droite, et demande le ballon, qu'il finit toujours, on ne sait comment par amener dans la surface.

 

Dans l'axe, Xavi compose et recompose avec son compère Iniesta, et les Gunners sont aspirés comme dans un trou noir. Alexandre Song essaie d'apporter son impact physique, mais réussit juste à se faire avertir à la 7e minute. Le Barça est irrésistible. Devant l'écran on commence à se demander quand interviendra le premier but des visiteurs. L'Emirates Stadium, comme fasciné, retient également son souffle. Lors de leurs rares attaques, les Wenger Boys se montrent trop pressés et ratent pitoyablement leurs tentatives. Nasri a oublié ses gris-gris au vestiaire, Fabregas semble nerveux face à ses copains de l'équipe d'Espagne, et Van Persie n'offre aucune solution.

 

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Après deux coups de semonce (Villa, 20e minute et Messi, 23e), la punition tombe à la 26e minute : lancé plein axe par le lutin argentin, David Villa transperce la défense anglaise et place une frappe croisée au ras du poteau gauche de Szczesny. FC Barcelone 1 - Arsenal 0. A ce moment du match, on se fait la remarque habituelle : la vraie force des joueurs du Barça, c'est qu'ils arrivent à faire oublier à l'adversaire qu'il sait jouer au football. Les Gunners semblent bel et bien pris à ce piège.

 

Néanmoins, avant la pause, les joueurs d'Arsène Wenger vont montrer quelques vélléités offensives. Mais ils s'agit surtout de tentatives à l'emporte-pièce, menées sans conviction. Au moment où l'arbitre siffle la fin de la première mi-temps, le Barça est en place, et prend les commandes du match.

 

Rideau     *****     Entracte

 

Que s'est-il passé dans les vestiaires pendant la mi-temps ? On le saura sûrement un jour, mais on peut déjà supposer qu'Arsène Wenger a tenu à ses joueurs un discours destiné à les remettre en confiance : "vous savez jouer au football. Demandez le ballon, conservez-le et faites la passe utile, juste la passe utile. Ne vous affolez surtout pas." C'est en tout cas le seul discours que l'on peut adresser à une équipe qui est tenue à la gorge par l'ogre catalan.

 

Stratégie payante, car dès l'entame de la 2e mi-temps, on sent que l'équipe d'Arsenal a un je ne sais quoi de changé. La composition est la même au tableau d'affichage, mais les visages affichent une froide détermination qui va s'incarner rapidement dans le jeu. C'est Alexandre Song qui sonne la révolte dès la 47e minute. Héritant d'un ballon dans l'axe, il ose une virgule à la Zidane entre trois joueurs du Barça et ô miracle, la terre ne s'ouvre pas pour l'engloutir !

 

Dès cet instant, les Gunners retrouvent progressivement leur jeu : maîtrise technique, mouvement permanent, application et assurance dans la passe et dans la relance. Les phases défensives sont plus denses, Wenger ayant adopté la triangulation pour annuler les effets du jeu en triangle de ses adversaires. On assiste à deux, trois escarmouches dans la surface de Valdés. L'Emirates se réveille alors, et les Espagnols ont le privilège d'apprécier la terrible symphonie d'un public anglais portant son équipe à bout de bras. L'Emirates ressemblait ce soir à Anfield. Oui, le public du stade londonien est pour beaucoup dans la victoire de son équipe.

 

Privé d'oxygène, le football total cher à Guardiola disparaît d'un coup. Piqué et Abidal se mettent à dégager en touche ou en corner, comme n'importe quel défenseur normal. On assiste même à cette chose étrange : Lionel Messi perd le ballon, une fois, deux fois... Ces gens-là sont donc humains ! Les canonniers poussent, mais ils continuent de pécher par naïveté. Tour à tour, les frappes de Nasri (47e), Wilshere (47e) et Van Persie (56e) sont repoussées par Valdés ou partent dans les tribunes. Gerard Piqué, vexé, commet faute sur faute, et finit par prendre le carton jaune qui lui pendait au nez. Le Shakira boy sera absent lors du match retour, suspendu pour avoir abusé de biscottes blondes.

 

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A la 68e minute, Alexandre Song cède sa place à André Arshavin. Le Camerounais affiche sa déception, mais Wenger a senti qu'il y avait un coup à jouer : il fait donc entrer un pur milieu offensif. L'équipe londonienne tourne de mieux en mieux : Eboué affole son côté droit, tandis que Nasri et Van Persie animent le flanc gauche. Pour mettre du danger dans l'axe, Niklas Bendtner remplace Theo Walcott à la 77e minute. On sent que le miracle est possible : Arsenal peut égaliser, voire mieux.

 

Intuition justifiée, puisqu'à la 78e minute, Van Persie déclenche un ouragan sur Londres en marquant, dans l'angle fermé de Valdés, un but somptueux et ô combien précieux. Arsenal vient d'égaliser, Arsenal joue bien, Arsenal domine et muselle le grand FC Barcelone, la terreur de la planète foot. L'Emirates est en délire, pendant que Guardiola semble KO debout.

 

Dès la relance, on sent que le deuxième but va arriver. Le Barça n'y est plus. Epuisés, Xavi et Iniesta se sont mis en monochrome dans l'axe. La défense se met à subir le match, sans que le reste de l'équipe puisse y faire quoi que ce soit. Surtout, incapables de varier leur jeu (où l'on remarque l'absence d'un killer comme Samuel Eto'o), trop messi-dépendants, les Catalans n'arrivent pas à franchir la muraille des cannoniers. Pire : s'ils continuent d'attaquer ensemble comme à leur habitude, il leur manque cette fois-ci le ressort nécessaire pour se replier dès qu'ils perdent le ballon. Illustration d'un fait connu de tous les analystes : le jeu pratiqué par le Barça est tellement exigeant que les joueurs sont systématiquement usés en fin de saison.

 

Ils se font d'ailleurs punir logiquement sur une contre-attaque menée tambour battant avec Samir Nasri à la baguette et André Arshavin à la conclusion. Arsenal 2 - FC Barcelone 1. Il est 22 h 13 à Londres, et l'impensable est en train de se produire : le Barça perd un match en étant dominé de fond en comble.

 

Les 10 minutes restantes seront occupées par les Catalans, qui passent derechef en revue toutes les figures de la géométrie. Mais, cette fois, c'est en pur désespoir de cause. La dernière tentative de Messi dans le money time se solde par un fiasco : le prodige argentin est hors-jeu, et d'ailleurs, Szczesny avait capté le ballon. Le match s'achève donc sur ce score qui va enrichir les rares personnes à avoir parié sur une défaite de Barcelone.

 

Cette victoire est sublime. D'une certaine façon, elle est aussi rassurante : les joueurs du Barça sont donc des humains. On commençait à avoir des doutes, mais le récent match nul face à la modeste Gijon et cette défaite viennent calmer cette inquiétude.

 

En outre, Arsenal et le Barça sont de quasi jumeaux, mais jusqu'ici le club anglais avait toujours été considéré comme une contrefaçon chinoise de son modèle espagnol. Pour le football, on est content d'apprendre que deux équipes au minimum tiennent à gagner en produisant du beau jeu. De ce point de vue, Arsène Wenger, qui a souvent été critiqué par ses collègues, remporte une belle victoire : il a prouvé qu'on peut faire aussi bien que le Barça, à condition de jouer comme on sait le faire.

 

Le match retour sera forcément beau : au Camp Nou, Guardiola et ses garçons seront sur leurs terres, et ils tiendront à prouver à leur public que la contre-performance de ce 16 février 2011 ne fut qu'un moment passager. De leur côté, les joueurs d'Arsène Wenger savent à qui ils ont à faire, et on peut parier qu'ils éviteront le piège de l'euphorie prématurée. En tout cas, les visages concentrés et déterminés qu'ils affichaient même après le coup de sifflet final le laissent croire.

 

On a assisté là au meilleur match de la saison. Vivement le retour, début mars !

 

Pour voir les buts, suivre ce lien.

Publié dans Analyses

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Atango 18/02/2011 18:52


@ Donny

Wèè mon frère. Si ça payait même ! Mais même pas hap ! lol...

@ Senor Leone

Info intéressante. En tout cas cela ne me surprend pas. Ni Shakiro ni Abidal n'ont l'impact et la détermination de El Salvaje. lol...


Re Leone 17/02/2011 20:22


Sacrilège: "Ce mercredi, le Barça s'est présenté avec son équipe type, à l'exception peut-être du vieux combattant, le capitaine Carles Puyol"

Peut-être?! Sais-tu que le Barça n'a perdu que 4 fois cette année et que les 4 fois Puyol était absent? Du moins c'est un journaliste qui me l'apprend à la radio, et ça ne m'étonne pas!


Donny 17/02/2011 12:38


T'es un génie de la plume atango !