Et si l'encadrement technique des Lions Indomptables était simplement incompétent ?

Publié le par Atango

"Depuis le mondial 1990 au cours duquel le Cameroun a été le premier pays africain à accéder aux quarts de finale, les Lions Indomptables n’ont plus jamais dépassé le premier tour d’une coupe du monde de football." Ainsi commence un article d'Anne Mireille Nzouankeu, au titre éloquent : "Où est le Cameroun de 1990 ?". On a souvent considéré à juste titre que la génération des années 80, qui a connu son apogée lors de la Coupe du Monde italienne, avant de sombrer bêtement aux USA quatre ans plus tard, est la plus talentueuse que le Cameroun ait jamais connu.


Mais ce constat se fait "à rebours", c'est-à-dire en partant des résultats obtenus par cette génération, soit deux CAN et la meilleure performance historique du Cameroun en Coupe du Monde. Car si l'on adopte le prisme individuel, la vision est tout autre : ces joueurs étaient souvent complètement inconnus des milieux du football, à deux ou trois exceptions près.


Evacuons tout de suite les arguments, justes par ailleurs, qui concernent la vraie nature d'une équipe de football, qui est tout, sauf un agrégat de stars (les dirigeants du Real ont payé pour apprendre cette leçon). Notre propos ici, c'est de dire que la génération actuelle ne réflète pas collectivement la valeur individuelle de chacun des membres de l'équipe.


Samuel Eto'o est tout simplement l'un des meilleurs buteurs au monde. N'en déplaise à Roger Milla, et même si l'on prend en compte les conditions socio-économiques dans lesquelles lui a évolué, Eto'o joue vraiment dans une autre catégorie. Néanmoins, l'ex catalan a du mal à répéter avec l'équipe nationale les mêmes exploits qu'en club.


Alexandre Song est la pièce maîtresse de l'entre-jeu d'Arsenal. Cette saison, il a même pris une nouvelle dimension : plus incisif, plus mûr, plus offensif. Il est tranquillement devenu le patron du jeu chez les "Gunners".


Aurélien Chedjou, joueur polyvalent, est utilisé par son coach comme défenseur central, avec succès. On se rappelle que Paul Le Guen n'a pas réussi à le faire joueur au même poste chez les Lions.


Achille Emana est le maître à jouer du Real Betis. Ce joueur possède des qualités rares, et des défauts banals. Il est tout simplement incompréhensible qu'aucun des sélectionneurs qui se sont succédés à l'encadrement de notre équipe nationale n'aie jamais pu trouver les mots qu'il fallait pour amener le fils de "Marco" à gommer ses défauts pour faire parler son potentiel, qui est fabuleux.


Sébastien Bassong et Benoît Assou Ekotto occupent à l'équipe nationale les mêmes postes que chez les "Spurs" de Tottenham. Peu d'équipes nationales peuvent se prévaloir d'une telle chance : en principe, ces deux joueurs se connaissent par coeur, et le travail de complémentarité n'est quasiment plus à faire. Néanmoins, on a vu qu'à la Coupe du Monde, les 3/4 des buts encaissés par les Lions Indomptables son venus de notre flanc gauche.


Eyong Enoh, titulaire indiscutable à l'Ajax d'Amsterdam, montre à chaque journée de l'Eredivisie qu'il est l'un des cadres de son équipe. Toujours bien placé, audacieux, puissant et inspiré en club, il disparaît complètement dès qu'il est aligné dans l'entre-jeu des Lions Indomptables. Chacune des qualités qu'il montre chez son employeur se transforme en défaut en équipe nationale. Placement hasardeux, manque de percussion, fatigue matinale, voilà tout ce qu'on perçoit de notre vice-capitaine.


Il en va ainsi de Mbia, Matip, Ntsama, Ndjeng, Choupo-Moting, etc. Excellents en club, moyens en équipe nationale. Pourquoi cet écart de performances ?


En 1990, nos joueurs venaient du Tonnerre, du Canon, de l'Union, de Diamant, de Louhan-Cuiseaux, de Valenciennes, de La Roche-sur-Yon, etc. Aujourd'hui, ils sont titulaires au Milan AC, à l'Ajax d'Amsterdam, au LOSC, à Shalke 04, à Arsenal... Excusez du peu.

 

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Que se passe-t-il donc ?

Je pense que l'explication réside dans ce qu'on appelle "ambiance de travail". Autrement dit, l'ensemble des conditions dans lesquelles les joueurs se retrouvent, et qui influencent directement ou indirectement leurs performances. On a déjà parlé largement de la honteuse incapacité de la FECAFOOT à se mettre à la hauteur de cet effectif. Et si l'on considérait un autre aspect de la question : la compétence de coaches ?


Samuel Eto'o

Comment comprendre que le meilleur striker actuel de la planète foot n'arrive pas à marquer un malheureux but contre la modeste RDC ? La défense du TP Mazembe est-elle plus redoutable que celle de la Roma ou de la Juve ? Que nenni.

 

Il faut observer le profil du joueur : Eto'o est un attaquant "au sol", comme on disait à l'époque. Inutile de compter sur lui pour gagner un duel aérien, ni pour bousculer une défense compacte. Ses atouts sont : vitesse, vision du jeu, technique hors norme et sens du but. Autrement dit, Eto'o ne donne la pleine mesure de son talent que s'il joue à bonne distance du gardien adverse, de préférence plein axe, et avec l'appui d'au moins un joueur capable de comprendre aussi vite que lui le jeu.

 

Le Guen, qui se prenait pour Mourinho, l'a cantonné sur les côtés. Clemente, aujourd'hui, le laisse seul en pointe. Les deux ont tout faux. Eto'o ne donnera la pleine mesure de son talent que lorsqu'il sera positionné en "9", avec autour de lui des joueurs capables de jouer rapidement en appui, et de se déplacer de telle sorte qu'ils lui ouvrent des espaces. Pardon de le dire, mais seul Emana a montré qu'il pouvait créer ces conditions. Chedjou a également montré de belles velléités. Makoun, dans ses bons jours, et souvent le seul à proposer à Eto'o ces appuis. L'ennui c'est que les bons jours du Sergent sont intermittents.

 

Il faut donc rappeler Emana, et créer les conditions pour qu'il joue avec Eto'o. Je disqualifie d'emblée tous les arguments qui évoquent les supposées querelles entre ces deux-là. Ils ne sont pas obligés de s'aimer pour jouer ensemble, et c'est le travail des sélectionneurs de régler cette question. A défaut, que l'on forme Aboubacar Vincent et Choupo-Moting à jouer avec Eto'o, comme Coutinho l'a appris en quels semaines seulement.


Alexandre Song et Eyong Enoh

En ce qui concerne le milieu axial, nos sélectionneurs doivent simplement appeler Arsène Wenger et lui demander quel discours ils doivent tenir à Song pour qu'il joue avec les Lions exactement comme il le fait avec Arsenal. Idem pour Eyong Enoh. Il n'est plus acceptacle que ces deux joueurs qui sont des génies dans leurs clubs se transforment en cancres profonds dès qu'ils revêtent le maillot vert du Cameroun.

 

Concernant des milieux axiaux, trois paramètres sont à prendre en compte : la technique, la vision du jeu et l'audace. A mon avis, c'est sur ce dernier point que se fait la différence. Un milieu axial doit, à chaque touche de balle, mesurer en une fraction de seconde ses chances de tenter un mouvement offensif sans mettre son équipe en danger. C'est ce jugement qui fait défaut à Song et à Enoh en équipe nationale. L'un est trop sûr de lui, l'autre n'ose rien faire. Alexandre Song, en sélection, se prend pour Zidane. Résultat : conservation excessive du ballon, à cause du retard dans la prise de décision.

 

Quant à Enoh, il est simplement orphelin du système de l'Ajax, où il y a toujours un joueur qui se rend disponible pour recevoir sa passe. Une solution pourrait être d'aligner deux milieux, avec une distribution claire des rôles : l'un est un pur défensif (récupérateur), tandis que l'autre est un pur offensif (relayeur). Le relayeur pourrait ainsi prendre plus de risques offensifs, sachant qu'il est couvert par son camarade. A l'inverse, le récupérateur aurait constamment un appui. Mais ces combinaisons se travaillent longuement à l'entraînement. Il faut donc y mettre du sérieux et de l'application.


Sébastien Bassong et Benoît Assou Ekotto

La question de notre flanc gauche relève carrément de l'irrationnel. Assou Ekotto et Bassong sont excellents en Premier League. Les deux mêmes joueurs sont moins que moyens en équipe nationale. Ceci s'explique en partie par les carences du milieu axial, mais j'y vois aussi une présence insuffisante des coaches. J'estime en effet qu'on n'ose pas souvent faire des reproches à Assou Ekotto, en partie parce qu'il a montré qu'il avait un caractère difficile, et en partie parce que son apport offensif a souvent été déterminant. Il va pourtant falloir recadrer ce joueur, et cela pendant toute la durée des matches. Les latéraux sont en effet les joueurs qui réclament le plus de travail au banc de touche, car il faut constamment les repositionner. A cet égard, Paul Le Guen a clairement manqué de présence, et Clemente ne fait guère mieux.

En toute franchise, Jacques Songo'o a montré en un seul match qu'il comprenait très bien les problématiques que je viens d'évoquer plus haut. Il a pourtant fallu que les chefs de la FECAFOOT aillent chercher un nouveau débrouillard qui, depuis qu'il est là, joue exactement le rôle auquel ses recruteurs le destinaient : celui d'un pantin qui ne décide de rien, qui ne comprend d'ailleurs rien à rien, et qui n'essaie même pas de cacher son manque absolu de compétence.

Au lieu donc de gaspiller inutilement de l'argent en envoyant à gauche et à droite des missions sans objet, il s'agit simplement de demander au sélectionneur national de faire le travail pour lequel on le paie des centaines de millions de nos francs.

Mais en est-il seulement capable ?

Publié dans Chroniques

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