France : des Bleus plus blancs

Publié le par Atango

C'est Georges Frêche qui doit applaudir dans sa tombe : il y a de moins en moins de "Blacks" dans l'Equipe de France. En effet, ceux qui trouvaient, avec feu le président du Languedoc-Roussillon et quelques autres humanistes que l'Equipe de France était trop basanée devraient jeter un coup d'oeil à la liste dressée par Laurent... Blanc en prévision du match contre le Brésil ce mercredi 09 février 2011 : on n'est pas loin des 50 % de "non colorés" (je mets cette circonlocution à défaut de mieux, ces choses-là étant tellement inanes et floues).

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Bon, ceci n'a évidemment aucune espèce d'importance d'un point de vue purement sportif. Les meilleurs et ceux qui sont en forme au moment M doivent être appelés, quelle que soit la teinte de leur épiderme. Tout le reste n'est que réactions superficielles et coups médiatiques mal intentionnés.

La vraie question est : Pourquoi le fait que la majorité des joueurs de l'Equipe de France soit issue à un moment des banlieues a-t-il suscité des réactions publiques d'hommes ayant voix au chapitre ? Récemment encore, un membre de l'UMP twittait une remarque au sous-entendu tellement limite que même le roi Buzz n'en a pas voulu.

Comme je l'écrivais ici même, un regard sociologique (ah ! la chambre magmatique de la logique sociale) permet de comprendre qu'il n'y a rien de miraculeux au phénomène : les jeunes de banlieue, enfants d'une France issue (jusqu'à quand ?) de l'immigration, relégués au-delà des frontières de l'intérieur (voir les travaux d'Abdelmalek SAYAD) s'engouffrent dans la seule voie où ils ont une chance d'arriver au sommet : le sport, les arts musicaux et autres prestations qui relèvent du spectacle. 

Je corrige : ils ne s'y lancent pas plus que dans d'autres domaines. Je suis prêt à parier que beaucoup d'entre eux rêvent aussi de la présidence d'une entreprise du CAC 40. Il se trouve simplement que, dans certaines filières ils atteignent le sommet, alors que dans d'autres ils sont éliminés par une sorte de tamis social.

Pourquoi y parviennent-ils dans les domaines qui relèvent du spectacle ? Parce que là, ils évoluent dans un monde où la performance est publique, et la sanction (positive ou négative) immédiate. Le talent d'un sportif (pour prendre le domaine qui nous intéresse) est attesté par les spectateurs, sa victoire ou sa défaite sont affichées en mondovision. Dans ce domaine, les logiques de sélection et de plafonnement (voir le concept du plafond de verre en socio) ne jouent pas. Elles n'interviennent à nouveau que pour les sélections qui se font "sur tapis vert" : par exemple choisir le sélectionneur de l'Equipe de France, qui (ô hasard) n'a jamais été représentatif de la "couleur" majoritaire qui donnait tant d'urticaire à nos fins esprits. Cherchez l'erreur.

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Pendant la Coupe du Monde sud-africaine, des journalistes dans l'air du temps avaient tôt fait d'inventer un scénario de cour de récré : les racailles Ribery et Anelka terrorisant le petit Blanc Gourcuff. Fumisteries, évidemment, mais qui se soucie de la réalité dans la Nouvelle France de Zemmour and co ? La France décomplexée du "on-ne-peut-plus-rien-dire" ?

Pour ceux qui aiment le sport en tout cas, seule la performance compte, et les Bleus de Blanc peuvent prendre la couleur qu'ils veulent, pourvu qu'ils l'emportent face à l'une des nations les plus métissées de la planète. Sinon, c'est pour le coup que tous les Français seraient verts !

Publié dans Chroniques

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