Les Black Stars qualifiés : bravo aux Ghanéens !

Publié le par Atango

Le 28 mai dernier, j'étais à Saint-Gratien, où l'équipementier Puma avait réuni les trois pays d'Afrique subsaharienne qui font partie de son écurie. En termes de notoriété et de prestige, il était évident que les Camerounais, menés par Samuel Eto'o et les Ivoiriens du capitaine Didier Drogba surclassaient de loin les modestes Ghanéens de John Mensah. D'ailleurs, l'applaudimètre ne laissait planer aucun doute là-dessus.

 

Pourtant...


Pourtant, ce même jour, deux faits qui auraient pu paraître anodins étaient mis au jour : je remarquais en effet que la délégation camerounaise était arrivée en rang dispersés, de même que le groupe des Ivoiriens. Entre-temps, les Ghanéens étaient arrivés ensemble. Plus tard, Eto'o et Milla se livraient à une guerre fratricide autant qu'imbécile devant les micros et les caméras de la chaîne Canal Plus, qui n'en demandait pas tant. 


De bout en bout, les groupe des Ghanéens était resté discret, voire effacé. Parmi les Black Stars, aucune méga-star, aucun de ces égos surdimensionnés dont nous commençons vraiment à avoir assez. Presque un mois plus tard, à l'heure du bilan, ce sont ces joueurs discrets qui viennent de gagner leur ticket pour poursuivre l'aventure sud-africaine, tandis que les Lions quittent l'arène la queue entre les jambes et que les Eléphants sont en bonne voie de les suivre, la trompe pendante et l'oeil plus vitreux que jamais.


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Malgré la courte défaite (0-1) face à l'Allemagne, les Ghanéens et Pantsil (ici à la lutte avec Özil, le buteur), se qualifient sans tambour ni trompettes pour le second tour. Ils seront sans doute les seuls représentants du continent noir à ce niveau de la compétition.

 

Rien de sorcier : le félin et le pachyderme récoltent simplement le fruit de leur propre vanité. La Côte d'Ivoire a inexplicablement gâché une génération entière de gamins surdoués, formés au bien nommé Centre de Sol Béni par Jean-Marc Guillou de 1993 à 2000. "Inexplicablement" ai-je dit ? Erreur : il y a bien une explication, et c'est ce mental en papier mâché qui a toujours constitué le talon d'Achille des Eléphants. Qu'ils enchaînent seulement trois bonnes passes, et les voilà qui s'autoproclament meilleure équipe du monde entier et de sa banlieue. S'ensuit une légèreté et un manque de concentration qui les a conduits à ce bilan ahurissant au vu de leur talent : zéro trophée remporté pour la génération Drogba. Cette équipe est capable de survoler trois matches et puis de s'effondrer lamentablement au quatrième, d'un seul coup ! Drogba, le capitaine de cette équipe et le chef de cette bande, en est d'ailleurs une belle métonymie : il craque systématiquement dès qu'un enjeu sérieux se présente. Il semble que Jean-Marc Guillou ait formé des virtuoses du ballon rond, mais qu'il a oublié de leur inculquer le sens de la constance et de l'abnégation sans lequel on ne bâtit rien de durable et de sérieux.


Du côté du Cameroun, c'est à la fois plus simple et plus désolant : le paysage local est vide. Hormis Coton Sport qui devrait avoir honte de continuer à vaincre sans péril, le pays est vide. Vide d'équipes et vide de joueurs, parce que vide d'infrastructures. Par contre, on rencontre à chaque coin de rue une "Académie" de football, officine souvent montée en trois jours dans l'optique de détecter et de vendre le plus rapidement possible quelques talents bruts qui fleurissent sur la poussière de nos terrains vagues. De formation, point de trace. De toutes façons, parler de football camerounais est une plaisanterie : il y a un football joué par des Camerounais dispersés de par le vaste monde. Il n'y a plus d'identité propre au football camerounais, et il suffit de voir évoluer la macédoine d'Allemands, d'Anglais, de Français, d'Italo-catalans et de Turcs qu'on ose appeler "Lions Indomptables" pour s'en convaincre.


Mais parlons des Ghanéens qui sont les héros du jour. Ils récoltent aujourd'hui le fruit d'un travail entrepris depuis 2005. Déjà, lors de leur première participation à la Coupe du Monde, en Allemagne, ils avaient atteint les 8es de finales. Quatre ans plus tard, ils récidivent, et démontrent ainsi une belle constance et une maturité qui fait plaisir à voir. Le groupe qui vent de se qualifier est pourtant constitué de jeunes, dont la plupart n'ont même pas disputé la CAN 2008 à la maison. Le Ghana partait aussi diminué, car privé de sa seule star, Michael Essien, blessé. Mais ces jeunes gens ont sûrement écouté les fables racontées par toutes les grand-mères d'Afrique , qui répètent que c'est par le travail, par le sérieux et par l'humilité qu'on arrive aux meilleurs résultats. Tant pis pour les cinq autres représentants qui quittent la compétition sans gloire, tant pis pour ceux qui ont dormi sur des lauriers imaginaires.


Et que monte au firmament l'Etoile Noire de Nkrumah, symbole de l'Unité Africaine.


Assez parlé, place à la big dédicace : 

 

Publié dans Chroniques

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