Qui es-tu, Guinée Bissau ?

Publié le par Atango

Les dates ne sont pas connues, mais la CAF a pris le risque de faire disputer les préliminaires des éliminatoires "spéciaux" CAN 2013 à la même période que la CAN 2012.

 

Sachant que quelques grosses cylindrées seront absentes de la compétition majeure (Cameroun, Egypte, Nigeria, Afrique du Sud, Algérie, rien que ça), on peut tranquillement prédire deux compétitions parallèles, au détriment de la CAN évidemment.

 

La Cameroun, pour ce premier duel, devra se débarrasser de la Guinée-Bissau. Sachant que le match retour se joue à Yaoundé, une qualification pour la phase 2 est le seul résultat envisageable. La Guinée-Bissau est en effet tout sauf un foudre de guerre en matière de football.


 

CARTE D'IDENTITE DU PAYS

 

La Guinée-Bissau est un petit pays d'Afrique de l'Ouest. Cette ancienne colonie portugaise, située sur l'embouchure du Rio Gebà, dont le delta a détaché la partie continentale de l'archipel des Bijagos, est coincée en la Sénégambie au nord et au sud une autre Guinée, la "grande", celle qui a pour capitale Conakry et a donné au monde des personnages illustres comme Camara Laye, Sékou Touré et... Nafissatou Diallo.

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NOM : Guinée-Bissau ou Guinée Bissaô

 

NOM OFFICIEL : Républica da Guinée Bissau

 

NOM DES HABITANTS (très utile pour les reporters de la CRTV qui nous ont déjà sorti "les Mauriçois" ou "les Malawiens") : les Bissau-Guinéens (prononcer "Bissao-Guinéens)

 

CAPITALE : Bissau, estimation 400 000 habitants, les "Bissaliens."

 

SUPERFICIE : 36 120 km², soit 5520 km² de plus que la Belgique, et 409 km² de moins que le département du Mayo-Rey (chef-lieu Tcholliré, juste pour rappel).

 

POPULATION 2011 : 1 500 000 habitants

 

LANGUE OFFICIELLE : Portugais.  Les principales langues locales sont le Balante, le peul, le mandjaque et le mandingue. Mais, pour son usage quotidien, la population parle surtout une forme locale de créole portugais.

 

HYMNE NATIONAL : "Esta é a Nossa Pátria Bem Amada" (Ceci est notre pays bien-aimé).



Hymne national Guinée Bissau
par Atango


 

DRAPEAU : gw.png

 

BON A SAVOIR : Le nom "Guinée" a été utilisé par les explorateurs portugais dès le XVe siècle, pour désigner "le pays des Noirs", soit la zone côtière allant de l'embouchure de la Gambie jusqu'au Cap de Bonne-Espérance. Ainsi, l'immense golfe formé par l'incurvation caractéristique de la plaque africaine sur sa façade ouest est naturellement appelée "Golfe de Guinée".

 

Comme souvent dans pareil cas, plusieurs hypothèses existent quant à l'origine et à la signification du mot :

 

* déformation du nom de la ville de Djenné par les trafiquants maures ;

 

* transformation du mot soussou "femmes" : un navigateur ayant demandé à une autochtone où l'on se trouvait, celle-ci aurait répondu "demandez aux hommes, moi je ne suis qu'une femme (gin)" ;

 

* plus plausible, évolution du mot berbère "aguinau" ou "aguinaw", qui signifie "pays des hommes noirs."

 

Trois pays africains portent ainsi le nom de "Guinée" : La Guinée-Conakry, la Guinée Equatoriale et la Guinée-Bissau. Un quatrième territoire, situé très loin des côtes africaines, a hérité du nom : il s'agit de la Nouvelle-Guinée (qui est séparée en deux, avec une partie indonésienne et le reste appartenant à la Papouasie-Nouvelle-Guinée). Le territoire fut baptisé ainsi en raison de la couleur foncé de la peau de ses habitants, les Espagnols du XVIe siècle étant persuadés que ces indigènes étaient les mêmes que ceux d'une autre terre espagnole d'Afrique, l'actuelle Guinée Equatoriale (mais certains Européens du XXIe siècle demeurent incapables de faire la différence entre un Sénégalais et un autre Sénégalais, alors hein...)

 

REGIME POLITIQUE ET CONTEXTE HISTORIQUE : La Guinée-Bissau est l'un de ces territoires agités qui ont contribué à faire du XXe siècle l'âge d'or des dictatures de carnaval. Suivant une longue tradition (le premier navigateur portugais arrivé sur place, Nuno Tristão, fut liquidé alors qu'il venait à peine de débarquer), les dirigeants bissau-guinéens ont souvent connu une fin violente. Il faut dire que la puissance tutélaire a longtemps été le Portugal, dirigé lui-même par la main de fer d'Antonio Salazar, qui n'était pas exactement un paisible démocrate.

 

Premier sur la liste et le plus célèbre, Amilcar Cabral, héros des Indépendances africaines, fondateur du PAIGC (Parti pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert), assassiné le 20 janvier 1973 à Conakry, six mois avant la proclamation d'indépendance de son pays.

 

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Amilcar Cabral, 1924-1973, père de la nation bissau-guinéenne et classé parmi les héros des Indépendances africaines 

 

Le demi-frère d'Amilcar, Luís Cabral, dirige le pays jusqu'au 14 novembre 1980, jour où le Premier Ministre et ministre de la Défense João Bernardo Vieira, dit "Nino Vieira" en raison de sa petite taille, le destitue et le met en prison. Grâce à l'intervention du régime cubain, Luís Cabral aura la vie sauve, mais il sera contraint à l'exil au Portugal jusqu'à sa mort, en 2009.

 

Le Général Vieira sera l'homme du parti unique, puis de la période dite du "vent d'est", qui verra la fièvre démocratique saisir l'Afrique sub-saharienne tout entière, à l'exception de quelques solides bastions. Bien qu'élu à la régulière dans son nouveau costume civil en septembre 1994, il doit rapidement faire face à une brève mais violente guerre civile contre les hommes d'Ansumane Mané, son chef d'état-major qu'il avait imprudemment limogé.

 

Mané prend le pouvoir le 7 mai 1999, et Vieira trouve refuge à l'ambassade du Portugal, puis part en exil à Lisbonne. Le Sénégal, désapprouvant l'éviction du président élu, fait intervenir son armée. Le général Ansumane Mané, contraint à la négociation avec le puissant voisin, met alors au pouvoir un homme de paille : Malam Bacai Sanhá, et organise une élection présidentielle à laquelle il ne participe pas.

 

En 1999, Kumba Ialá (pronconcer Yala) remporte les élections organisées par Ansumane Mané, qui prend néanmoins la poutinienne précaution de se réserver le poste de vice-président.

 

A la fin de l'année 2000, Ansumane Mané tente de remplacer le chef d'Etat-Major, Veríssimo Correia Seabra, mais celui-ci résiste. Mané reprend alors le maquis, mais il est abattu le 30 novembre par les forces fidèles à son ennemi. Ceux qui suivent bien ont déjà compris que, dans cette République d'opérette,  le vrai pouvoir est détenu par le chef d'Etat-major des armées.

 

En 2003, les conditions de vie des habitants sont particulièrement dégradées, et la révolte gronde. Les officiers décident alors de destituer le président civil. Le Général Veríssimo Correia Seabra écarte donc Kumba Ialá, lors d'un coup d'Etat sans effusion de sang. Henrique Rosa est nommé président du régime de transition, et il organise des élections présidentielles en 2005.

 

Pendant l'intermède, l'atmosphère reste tendue. Ainsi, le 6 octobre 2004, pour une stupide affaire de solde impayée, un groupe de militaires prend en otage et séquestre le général Correia Seabra, ainsi que le lieutenant-colonel Domingos Barros. Les deux hommes succomberont sous les coups de leurs tortionnaires.

 

Devinez qui est élu en 2005 ? João Bernardo Vieira ! Eh oui, c'est le retour de El Nino, qui est investi le 1er octobre de la même année.

 

Mais la Révolution indépendantiste du PAIGC n'a pas fini de manger ses enfants. Le 1er mars 2009, le général Batista Tagme Na Waie, qui avait remplacé au poste de chef d'Etat-major des armées Veríssimo Correia Seabra (vous suivez ?) est assassiné dans un attentat à la bombe. Ses officiers se concertent toute la nuit, et décident que le coup vient du président de la République. En représailles, le 2 mars 2009, le président Vieira est assassiné à son domicile.

 

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João Bernardo Vieira, 1939-2009, l'un des déclencheurs, puis l'une des victimes de la violence politique endémique qui décime les rangs du PAIGC depuis 1973

 

Raimundo Pereira, président de l'Assemblée Nationale, assure l'intérim et l'organisation de nouvelles élections, dont le vainqueur n'est autre que... Malam Bacai Sanhá (oui, le même qu'en 1999). En 2011, l'ex homme de paille d'Ansumane Mané tient toujours le poste, mais signalons qu'il a déjà remplacé une fois son chef d'Etat-Major.

 

En réalité, c'est Antonio Indjai qui s'est débarrassé de son chef, José Zamora Induta. Et il a bien voulu que Sanhá conserve son poste de président civil. Pour l'instant.

 

Maintenant que vous savez où vous n'irez pas passer vos vacances, posons tout de même la question essentielle : joue-t-on au football dans ce charmant pays ?


 

LE FOOTBALL EN GUINEE-BISSAU

 

Football Guinée-Bissau federation

 

La Fédération bissau-guinéenne de football, Federação de Futebol da Guiné-Bissau (FFGB) a été fondée en 1974. Elle est affiliée à la CAF et à la FIFA depuis 1986. Son président actuel est José LOBATO.

 

Le championnat national est organisé depuis 1975. Il met en compétition 12 clubs, dans une division unique. Les joueurs ont le statut professionnel.

 

L'équipe nationale porte le redoutable nom de "Os Djurtus". Les "djurtus" étant une espèce de renard qu'on croise facilement dans le pays.

 

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Le stade du 24 septembre 1973 à Bissau

 

Les matches de la sélection se jouent au stade national du 24 septembre (Estádio nacional 24 de Setembro) à Bissau, une enceinte pouvant accueillir 20 000 personnes. Le 24 septembre 1973 est la date de la déclaration d'indépendance du pays.

 

Le sélectionneur actuel est le portugais Luís Maria Cabral Norton de Matos, ancien joueur entre autres de Belenenses et brièvement international (5 sélections en 1982). Aucun joueur de la sélection n'est connu sous les sunlights du star system mondial. 

 

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Norton de Matos

 

Voici la liste des joueurs régulièrement utilisés en 2010-2011

 

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Quant aux statistiques récentes : sur les 5 derniers matches, la Guinée-Bissau a remporté une victoire et concédé quatre défaites. L'équipe a marqué 5 buts, pour 8 buts encaissés. En détails :

 

- le 26 mars 2011 (éliminatoires CAN 2012) : Guinée-Bissau 0 - Ouganda 1

 

- le 04 juin 2011 (éliminatoires CAN 2012) : Ouganda 2 - Guinée-Bissau 0

 

- 10 août 2011 (rencontre amicale) : Guinée Equatoriale 1 - Guinée-Bissau 4 (mais il faut dire que le Nzalang Nacional est dirigé par Henri Michel, alors...)

 

- 03 septembre 2011 (éliminatoires CAN 2012) : Kenya 2 - Guinée-Bissau 1

 

- 08 octobre 2011 (éliminatoires CAN 2012) : Guinée-Bissau 0 - Angola 2

 

L'équipe ayant disputé le dernier match contre l'Angola est la suivante : Jonas Mendes ; Saido Banjai ; Bruno Fernandes ; Edson Correia ; Bacar Baldé ; Eridson ; Bocundji Cá ; Almani Moreira ; Ivanildo ; Ailton ; Sami. Sont entrés en cours de jeu Dionisio Fernandes (67e) ; Luciano Teixeira (76e) ; Mamadu Candé (78e).

 

Le buteur attitré est Basile de Carvalho, attaquant sénégalo-bissau-guinéen de 30 ans, qui a longtemps écumé les stades de la Ligue 2 française (Brest, Sochaux, Sedan...) et qui évolue actuellement au Levski Sofia en Bulgarie. Il sera évidemment à surveiller de près.

 

Voir ses exploits sur la vidéo suivante :

 

Publié dans Chroniques

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Frieda 02/11/2011 10:34


Bonjour Atango,
Merci pour cette belle page politico-historico-géographique
Suis édifiée mon Frère!
mais pour revenir au foot, il n' y a pas de petit pays en compétition. La preuve le Niger va à la coupe...Pas les roaaarrr et autres animaux féroces de la jungle footbalesque...
Bisous
Frieda


Atango 02/11/2011 20:32



C'est sûr qu'il ne faut pas négliger les Djurtus. N'est-ce pas même le Lesotho nous a déjà battus un day ?