Sénégal 1 - Cameroun 0 : requiem pour le football camerounais qui est mort ce soir

Publié le par Atango

Allez, je vais me sacrifier pour mon lecteur et opérer un retour au 8 octobre 2005, jour maudit qui vit le Cameroun se faire éliminer de la Coupe du Monde 2006. Cette sensation de désespoir sans fond, cette impression de sentir la terre se dérober sous mes pieds, cette perte de sommeil pendant des nuits et des nuits étaient la preuve de mon attachement à l'équipe nationale. J'avais mal parce que l'équipe était mal.

 

Ce 26 mars 2011 pourtant, le Cameroun perd à Dakar, et cela ne me dérange pas plus que ça. Cette indifférence m'inquiète, mais je peux l'expliquer. Le coup de tonnerre de 2005 aurait du sonner le branle-bas de combat. C'était l'occasion de marquer le coup, et de lancer le grand chantier de la génération 2010, celle qui devait améliorer la performance de 1990 à la Coupe du Monde sud-africaine, avec comme jalons et tests les CAN 2006 et 2008.

 

Rien de sérieux ne fut fait, d'où le début de la glissade.

 

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Le 4 février 2006, le Cameroun joue un quart de finale de la CAN face à la Côte d'Ivoire. Ce sont les Ivoiriens qui se sont qualifiés pour la Coupe du Monde et cette compétition continentale est la seule occasion pour le Cameroun de laver son honneur. Sauf que le Cameroun du football, comme le Cameroun tout court, n'a plus d'honneur. Les Ivoiriens entrent dans le match avec la rage du revanchard, tandis que les Camerounais la jouent cool, sous prétexte qu'ils ont battu leurs adversaires du jour l'année d'avant, à deux reprises. Manifestation probante de cette face sombre de la mentalité camerounaise : arrogance et suffisance basées sur de mauvaises raisons. Comme la volonté seule ne suffit pas, les Ivoiriens ne parviennent pas à battre les Camerounais, ni pendant le match, ni pendant les deux tours complets de tirs au but qui vont s'en suivre. Il faudra que Samuel Eto'o, qui n'a pas cessé de plaisanter avec l'équipe ivoirienne (l'anti exemple de la volonté farouche de vaincre) envoie son deuxième penalty dans le ciel du Caire, par manque de concentration. Le Cameroun est éliminé, et on se dit que là, ça y est, la terre a tremblé au pays, de grandes décisions vont être prises, etc.

 

Au bout du compte, aucun changement n'intervient, et la glissade vers les abîmes peut continuer.

 

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Pour les éliminatoires de la CAN 2008, le Cameroun se balade devant la Guinée Equatoriale, le Rwanda et le Liberia. Les Lions Indomptables arrivent ainsi au Ghana avec un statut d'équipe à battre. Déjà, on se dit que les observateurs ne rendent pas service aux Camerounais, à les placer ainsi, systématiquement, dans la liste des favoris. Mais comment déclasser si tôt la nation qui a donné à l'Afrique Roger Milla et au monde Samuel Eto'o ? L'Egypte commence pourtant par remettre le Cameroun à son vrai rang dès le premier match. Le 22 janvier 2008, à Kumasi, les Pharaons assomment en une mi-temps les Lions Indomptables : 3-0 en 45 minutes, aucune sélection camerounaise n'avait jamais encaissé autant de buts en si peu de temps. Sans âme et tragiquement dépourvue de talent, l'équipe camerounaise est complètement à la rue, et il faudra l'entrée d'Alexandre Song et le sursaut d'orgueil d'Eto'o et de Njitap pour qu'en deuxième mi-temps le Cameroun se réveille et marque deux buts pour l'honneur. Le reste du parcours, jusqu'en finale, se fera uniquement avec comme carburant cet orgueil et cette envie de gagner, retrouvés le temps d'une compétition. Néanmoins, c'est l'Egypte qui au bout d'une finale insipide finit par conserver son titre de champion d'Afrique, sans aucun mérite, mais en profitant d'une bourde phénoménale du capitaine Rigobert Song. J'avais gardé de ce match une amertume dans la bouche et un bourdonnement d'oreilles qui sont caractéristiques chez moi des jours de défaite, mais la douleur était déjà moins forte que celle de 2005. Parce que je n'étais pas dupe de ce parcours à la CAN ghanéenne : seul le hemlé avait permis aux joueurs camerounais d'arriver en finale. Mais aussi parce que j'avais vu arriver deux joueurs qui me remplissaient d'espoir, à condition qu'ils fussent les éléments avancés de la nouvelle génération : Alexandre Song et Stéphane Mbia. Surtout, je me consolais en me disant que Rigobert Song venait de signer son départ à la retraite.

 

Erreur et consternation, pourtant : dès le lendemain de la défaite, on comprenait que la vieille garde avait l'intention de s'accrocher coûte que coûte, et que, par le fait même, les jeunes Lions auraient du mal à poser leur griffe sur l'équipe nationale.

 

Les CAN et Coupe du Monde 2010 étaient déjà à la porte, mais rien ne bougeait sous le soleil camerounais, la pire des mornes plaines que l'on puisse imaginer, le lieu où il ne se passe jamais rien, où les hommes restent aussi solidement fixés à leurs postes que des statues de l'Île de Pâques battues par tous les vents et posant sur les siècles qui passent leurs yeux morts. La FECAFOOT est sûrement la machine administrative la plus obsolète, la plus kafkaïenne et la plus immobile de cette planète.

 

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Rien ne fut donc fait, et on se retrouva rapidement quasi-éliminés de la Coupe du Monde 2010, à force de manquer de talent et d'envie. Après la CAN 2008, on avait commencé par prolonger le contrat d'un Otto Pfister qui avait pourtant tout fait pour prouver qu'il n'avait aucune compétence pour nous mener à la victoire. Après le rocambolesque départ de l'Allemand, il fallut dans l'urgence trouver un sélectionneur : ce fut Paul Le Guen, à qui l'on demanda tout simplement d'opérer un miracle. Le Breton avait une chance sur dix de réussir. Il la saisit, qualifia l'équipe pour la Coupe du Monde 2010, et se retrouva immédiatement dans la tourmente camerounaise : pressions "culturelles", rumeurs, intimidations, etc. Comme avec Otto Pfister, l'équipe était arrivée au sommet parce que les joueurs avaient décidé de se transcender, rien d'autre. La qualification acquise, le hemlé fut rangé dans les valises, et Paul Le Guen se retrouva avec des joueurs normaux. Or, l'équipe nationale du Cameroun, lorsqu'elle joue sans la rage de vaincre, se retrouve au niveau de n'importe quelle équipe de Nationale. Mais cela, Paul Le Guen ne le comprit pas, et il se retrouva à tester à l'infini moult schémas tactiques, tout étonné de voir qu'aucun ne lui permettait de construire une équipe cohérente et conquérante.

 

La CAN 2010 arriva bien vite, et fut quittée piteusement sur une autre gaffe, celle de Geremi Njitap. Faut-il rappeler que Rigobert Song était toujours là, et qu'il avait à plusieurs reprises testé la solidité des nerfs des supporters camerounais ?

 

Le fiasco sud-africain n'aura finalement surpris que les distraits ou les supporters les plus fanatiques. En réalité, tout était mis en place pour que le Cameroun livre sa pire performance en Coupe du Monde : un vestiaire transformé en Fort-Alamo, un entraîneur dépassé, une belle quantité de joueurs sans talent ni génie et dépourvus de la moindre maîtrise technique, des choix tactiques ahurissants, et surtout un manque d'envie évident.

 

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Au retour de la Coupe du Monde, on se disait qu'on avait touché le fond, et qu'on ne pouvait que rebondir. Le public attendait que les choses soient mises au clair, comme cela a été fait en France, que des décisions fortes soient prises pour qu'enfin la reconstruction puisse commencer. Mais rien ne changeait toujours. La FECAFOOT demeurait plus figée et plus nuisible que jamais. On a ainsi assisté à des scènes qui nous ont couverts de honte : bannissement de joueurs, maladies diplomatiques, querelles interminables, fâcheries puériles et réconciliations bizarres... Pendant ce temps, les autres travaillaient, construisaient et préparaient l'avenir. Nous, qu'avons-nous fait ? La FECAFOOT a décidé que l'urgence était de trouver un nouveau sélectionneur, et plusieurs commissions budgétivores se sont réunies, ont effectué moult missions, pour finir par recruter un super-bricoleur, selon l'incroyable tradition qui veut que le Cameroun ne recrute jamais que des entraîneurs médiocres et sans personnalité.

 

C'est parce que j'ai vécu tout ce qui précède que la défaite de ce soir ne me fait ni chaud ni froid. Tout comme une éventuelle qualification miraculeuse ne m'apporterait aucune joie.

 

Et c'est ça le plus inquiétant.

Publié dans Chroniques

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kotto Ovono Armand 05/04/2011 13:44


La remise en question n'est pas Camerounaise l'auto-critique et la critique non plus chacun veut plaire à ceux qui ont l'argent et le pouvoir,la politique est au dessus de tout;le sentiment
nationaliste a pris la poudre d'escampettes depuis des lustres.Pas besoin de rapler que l'union fait la force et que le nombrilisme rend un peuple faible.Respect à toi Atango et à tes rares
semblables,il ny'a que la vérité qui compte et qui nous permettra de sortir de ce cafouillage qui va finir par nous décaper de notre fierté.Merci encore


dartagnan 31/03/2011 21:16


lol je te comprend cher frère, dailleurs je n'appelle pas a une nouvelle campagne anti eto'o...ni meme a une critique en soi du joueur (c mon idole et je lui pardonne bien des choses, mais il faut
dabord les qualifier et les critiquer pour qu'il comprenne ) , mais j aimerais que tu trouves matière à commenter ce qui a eté ecrit en toute bonne foi , car si pour ma part j'aurais souhaité que
l'on parle d"erreur" ou d"écart de language" et que l'on referme le chapitre ...j'ai eté déçu de voir que certaines voies jouant aux "apprentis sorciers"ont cru bon d'argumenter à charge contre le
journaliste et d'y voir là un nouveau cheval de troie pour les anti-eto'o.... Concernant l'affaire MILLA, nul besoin de me rappeler ta posture puisque je m'en souviens :) Ceci dit si tu choisis
d'écrire , fais le parce que tu le jugeras nécessaire et opportun car tu as bien raison , tout celà est bien pesant.


dartagnan 31/03/2011 14:44


ahaha atango tu ne t'en sortiras pas comme sa, quand tu dis "vous" tu parles de qui ? relis les posts à l'époque du clash avec Milla et on verra de nous 2 ki defendai koi lol ceci dit tu m'as soit
mal compris soit refusé de comprendre..il y'a eu un incident samedi, ne juge tu pas opportun de nous livrer ton avis sur celà ? Pour te rendre la tache plus aisée, je dirais que le débat en fond de
toile est celui de la liberté de presse et d'opinion...sismondi barlev bitchoka et linus ont écrit sur ce sujet pour y défendre la posture du Capitaine, quand à moi, j'ai écrit une correspondance a
l'association des Journalistes du Cameroun, pour y déclarer ma désapprobation quand aux propos tenus par SEF...tout en réiterant qu'en sa qualité de grand homme, il était capable de bien mieux que
celà , et que j'esperais qu'il se rendrait compte de l'erreur commise.. du reste j'en appelais à plus de solidarité dans la corporation car il est anormal que les médias Occidentaux en soient à
faire plus de bruit sur cette affaire que les principaux "menacés"...la presse Camerounaise ne doit subir le diktat de nulle personne et c'est a elle d'arracher ce droit là. Voilà un exemple de ce
dont j'aurais voulu que tu fasses la critique (lis stp les articles des 2 personnes citées précedemment et dis nous stp ce que tu en penses, car ton avis m'intéresse comme toujours)


Atango 31/03/2011 20:24



Bon, je crois que j'ai raté quelque chose, car je n'ai pas eu connaissance des écrits de Bitchoka et de Fouda dont tu parles. Je sais juste que Sammy a encore dégammé devant un journaliste. Mais
je n'allais pas faire un papier là-dessus. Eto'o est comme ça. Je le regrette, je le lui aai déjà dit, mais ce n'est pas la première fois qu'il méprise un journaliste camerounais, même si
j'espère que c'est la dernière (bon, pour cela il faudrait aussi que la presse commence par se professionnaliser hein).


 


Personnellement, j'évite depuis longtemps d'ajouter ma voix aux polémiques. Je vais lire ce qui a été écrit depuis et si on est dans le débat, j'apporterai ma contribution. Par contre, si on est
reparti dans les campagnes d'Eto'obashing que j'ai déjà connue, juste parce que le seul nom d'Eto'o garantit le buzz (ou parce que des gens visent je ne sais quels intérêts chez lui), je
m'abstiendrai de hurler avec les loups.


 


Au fait, lors du clash Milla-Eto'o, j'avais donné tort à Milla pour deux raisons : 1. C'est lui qui avait commencé et 2. C'est lui l'aîné.


 


Je vais prendre connaissance de l'ensemble des réactions et je produirai peut-être un papier demain. Là je suis vraiment épuisé par mon vrai boulot pour lequel on me paie. 



momafoot 30/03/2011 21:18


bah! comme toi Atango cette defaite me laisse indifferente ou meme me fait plaisir ( je sais,c'est mechant). Les joueurs ont deja montre leurs valeurs pour le foot Camer, le peuple Camer aussi qui
supporte toujours son equipe dans les hauts comme les bas. Mais le gouvernement a fait quoi? Meme pas un terrain de foot? une CAN organisee chez nous? Je pense qu'il est temps que joueurs et
supporters se reposent et que le gouvernement Camer se concentre un peu sur le foot de notre pays.
Voila c'etait mon coup de gueule...


Atango 31/03/2011 20:14



Tu as tout dit ressé. Je crois qu'on va bien se reposer cette fois-ci. lol



dartagnan 30/03/2011 16:03


je crois ne pas déterrer un cadavre si je dis qu'au fond on est tous daccord, cette équipe ne mérite pas d'aller en Can, quelque soit ce que l'avenir lui réserve....l'option de passer comme
meilleur 2eme ou je ne sais quoi d'autre, apparait insipide et même lamentable au vu du commentaire que tu as si justement étayé....cette équipe n'inspire plus rien de victorieux, mais au contraie
transpire le labeur ... je pense qu'il est venu le temps de changer de coach, de mettre un local aux commandes, d'organiser un amical avnt la rencontre fatidique du Sénégal...(le meme modus
operandi qui nous a permis de nous qualifier en Cm)ceci de sorte que le choc psychologique du changement va réinsuffler un esprit d concurrence dans la tanière et la sélection d'un technicien
local, permettra au vivier de joueurs locaux de béneficier d'un oeil bienveillant !! voilà pour moi ... Grand frere Atango, tu as fait comment de la nouvelle sortie médiatique de notre bien aimé ?
STP écris lui un petit mot pour le motiver à ne pas mettre sa menace à éxécution car c'est honteux!!


Atango 30/03/2011 19:02



C'est comment Dartagnan ?


Mais de quelle sortie médiatique parles-tu ? Eto'o, que j'admire énormément dans son contexte professionnel, sait ce que je pense de son côté obscur, j'en ai déjà assez parlé ici, et vous n'avez
pas arrêté de me le reprocher.


So what else ?