Serbie-Cameroun : analyse du match

Publié le par Atango

1ère mi-temps

Paul Le Guen inaugure un système inédit : un 4-1-4-1, avec une défense composée de Mbia et Bassong dans la charnière, Assou Ekotto à gauche et Georges Mandjeck à droite. Nicolas Nkoulou est le seul milieu récupérateur, et il a devant lui, de la gauche vers la droite, Aboubakar Vincent, Jean II Makoun, Achille Webo et Landry Nguemo. Maxime Choupo Moting est seul en pointe. Au cours du match, il permutera souvent avec Achille Webo ou Aboubakar Vincent.

Ce système se transforme rapidement en 5-4-1 en phases défensives, et en 3-4-3 en phases offensives, Assou Ekotto jouant résolument haut sur son flanc gauche. Une fois n'est pas coutume, les Lions Indomptables marquent les pemiers, dès la 4e minute : un but d'Achille Webo sur un service de Benoît Assou Ekotto (encore). On se prend alors à rêver d'un scénario gagnant, comme nous n'en avons plus connu depuis très longtemps. Durant 10 minutes, le système forgé par Paul Le Guen semble porter ses fruits : les Camerounais saturent le milieu de terrain, et les Serbes cherchent leurs marques. Mais, très vite, nos vieux démons nous reprennent. A la 14e minute, on voit, comme dans un cauchemar mille fois vécu, un ailier serbe partir sur la droite de notre défense et battre Mandjeck de vitesse. Il parvient à centrer, petit cafouillage devant la cage camerounaise et égalisation serbe. D'accord, c'est la loi du jeu, on se fait parfois rattraper au score, ça arrive. Mais ce but ressemble trop à tous ceux que nous encaissons depuis un moment : toujours ce satané côté droit qui est poreux comme un panier. Toujours ce manque de concentration et de vigilance qui nous fait paraître comme une équipe de seconde zone qui se serait qualifiée par hasard.

Cette nouvelle égalisation serbe m'avait désillusionné à tel point que le deuxième but camerounais, encore marqué de la tête, encore par Achille Webo, ne m'a apporté aucune joie. Ne nous voilons pas la face : nous avons une équipe très peu offensive, qui ne marque pas beaucoup. Il est donc absolument nécessaire d'arrêter l'hémorragie à l'arrière. Je parlais plus haut de manque de vigilance. Le deuxième but serbe est arrivé justement à cause du manque de réactivité de Makoun, qui avait oublié de surveiller Stankovic. Serbie 2 – Cameroun 2.

Le bateau Cameroun prend l'eau. Pour confirmer ce naufrage, Stéphane Mbia, qui avait été bon jusque là, croit nécessaire de gifler Dejan Stankovic en pleine surface de réparation. Penalty justifié, malgré le sourire dubitatif de Mbia, qui devra apprendre que c'est ce genre de petits détails qui font perdre les grandes compétitions. Milijas bat tranquillement Souleymanou, qui n'est pas connu pour être un grand stoppeur de penalties. Serbie 3 - Cameroun 2.  

Le Marseillais a pris un coup au moral. Cela se ressent sur l'incroyable loupé qui amène le 4e but serbe à la 46e minute. La Première mi-temps s'achève donc sur un score inédit : les Lions Indomptables ont encaissé 4 buts en une seule mi-temps. Il s'agit sûrement d'un record.

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2e mi-temps

Paul Le Guen a décidé de fermer les vannes. Il fait donc entrer Geremi (douce revanche de l'ex madrilène) en lieu et place de Mandjeck, qui ne pourra que nous excuser : trois buts sur quatre sont venus de la droite, rien que pour ce match. Nous n'aurons même pas la cruauté de rappeler la dernière rencontre face au Portugal. Emana quant à lui a pris la place d'Aboubacar Vincent. Comme il n'y a pas de hasard en football, l'entrée de Njitap stabilise d'un seul coup le côté droit. Combattif et volontaire, donnant de la voix, replaçant constamment Landry Nguemo, le joueur d'Ankara Guçu se montre même tout de suite dangereux par ses centres toujours bien fignolés.

Désormais, l'équipe tourne. Achille Emana apporte de la percussion en attaque, même si on attend toujours sa première passe décisive. Insensiblement, les Serbes reculent, et l'on sent qu'ils vont bientôt rompre. A la 62e minute, Le Guen décide d'élever l'altitude moyenne de son équipe en faisant entrer Joël Matip à la place de Nicolas Nkoulou, et Mohammadou Idrissou à la place d'Achille Webo. On ne le dira jamais assez, Joël Matip est un excellent milieu défensif. Comment sait-on qu'il a pris le pouvoir dans l'entre-jeu ? Simplement parce qu'on n'y pense plus. Matip, contrairement à ses concurrents à ce poste, ne cherche pas à briller. Par son positionnement et ses déplacements, il rend simplement impossible le jeu de l'adversaire. Ses prises de balles sont nettes, ses passes sûres et sa disponibilité sans faille. Il couvre systématiquement les joueurs offensifs lorsque ceux-ci partent prendre des risques, ce qui est tout de même leur métier à eux.

Le groupe désormais sur le terrain est le meilleur que nous ayons eu depuis longtemps. La récompense arrive à la 66e minute, lorsqu'après une belle phase de jeu pendant laquelle 7 joueurs camerounais touchent le ballon, Geremi démarre sur la droite, déborde son adversaire, et adresse un centre qu'en nos jeunes années nous appelions "une banane". Cette passe sublime ne pouvait pas être gâchée. Maxime Choupo Moting l'a compris. Il jaillit et, d'un tête piquée contre laquelle le gardien serbe ne pouvait rien, il ouvre son compteur chez Lions Indomptables. Serbie 4 – Cameroun 3. Ce sera le score final, malgré le fait que les 20 dernières minutes sont complètement dominées par les Camerounais.

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Les leçons

Une seule chose à dire à une équipe qui est capable de marquer 3 buts et d'en encaisser 4 dans une seule rencontre : ce n'est pas sérieux !

On a déjà décrié le système de jeu, on a accusé le ballon, on a fustigé le choix et le positionnement des joueurs, on a pointé le manque de technique de certains d'entre eux, etc. Il faut maintenant dire clairement que cette équipe manque cruellement de concentration.

Mbia commet une faute inexcusable qui entraîne le penalty : il devrait apprendre à maîtriser sa fougue.

Nguemo loupe une quantité incroyable de ballons, par simple manque d'attention : il a toujours une demi seconde de retard. En Coupe du Monde, ça se paie cash.

Makoun "oublie" Stankovic sur le deuxième but serbe. Indigne.

Mandjeck quant à lui n'est décidément pas fait pour le poste de latéral droit. L'inverse est aussi vrai. Grâce à lui, on peut dire que Geremi Njitap a retrouvé sa place dans l'équipe ce soir.

Le bon point, maintenant : si tout n'est pas encore parfait, on a remarqué une meilleure cohésion dans le jeu. Les joueurs se trouvent plus facilement, on sent que le groupe commence à bien vivre ensemble. De plus, nous avons compris qu'il fallait jouer simple et donner la bonne passe en première intention (à ce propos, Alex Song a du souci à se faire face à Joël Matip). Nous devons maintenant revenir à nos fondamentaux : présence athlétique, bonne qualité de jeu aérien, perfection des centres et des balles arrêtées, y compris les remises de touche. A ces conditions, nous retrouverons enfin notre équipe nationale. Il y en a assez en effet des tests interminables de Paul Le Guen, et nous voulons voir l'équipe que nous connaissons, qui joue avec ses qualités, sans chercher à inventer des choses qu'elle ne sait pas faire.

En conclusion : nous avons marqué trois buts. Excellent. Nous en avons encaissé quatre. Lamentable. La différence s'est faite sur des détails. Eh bien, le sort de toutes les compétitions se joue justement sur des détails.

A bon entendeur…

Revoir le match ici (avancer jusqu'à la 22e minute de la vidéo)

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Paradisio 08/06/2010 19:51


c'est quand même pathétique de voir que nos joueurs, bien qu'étant talentueux et perfermants ne savent pas prendre des initiatives, ne savent pas s'imposer (dans le bon sens du terme) dans un
groupe. Je crois que c'est principalement pour cette raison qu'ils ne sont pas souvent à la place qu'ils méritent dans leurs équipes respectives. Peut-être un problème de culture comme tu sembles
le dire. Quand je vois le petit Matip à 18 ans seulement réagir comme quelqu'un qui veut solidement s'installer dans cette équipe, celà laisse vraiment à reflechir. En somme, nous pensons à la même
chose. Sauf que le capi 9 doit souvent utiliser d'autres moyens. Je sais qu'il veut trop bien faire, mais le problème est qu'il faut souvent tenir compte des contestes et de la sensibilité des
gens. Être un leader c'est aussi tout ça. Dans la vrai vie les bons choix ne produisent pas toujours les meilleurs résultats.


Atango 08/06/2010 21:15



Voilà pourquoi je disais au capi de lire ou de relire la Tragédie du Roi Christophe. lol



Paradisio 08/06/2010 02:23


@Atango,

frangin, PLG est peut être le seul coach qui dirige son équipe avec un pull et réussit même l'exploit de ne pas transpirer. C'est incroyable, parceque le constat que tu fais concernant PLG, je l'ai
fait à un pot il y'a quelques jours. Il peut certe être un bon technicien, mais il donne souvent l'impression d'être dépassé par les évênements. Je me demande même souvent qu'elle est sa stratégie
pour galvaniser ses joueurs? Heureusement que les joueurs ne se contentent pas de le regarder agir, sinon certains arrêteraient de jouer.
Notre nat a un gros soucis en ce momemt. Les grandes équipes fonctionnent généralement avec plusieurs leaders. Par ailleurs, notre nat aujourd'hui fonctionne avec un seul leader (pour ne pas dire
un seul commandant), Song et Geremi étant en disgrâce. Par exemple, à une époque plus récentre nous avions en même temps un Foe, un Mboma, un Lauren, un Song...., ce qui permettait d'assurer un
équilibre. Aujourd'hui Éto'o est seul, comme un monarch avec ce qu'on lui connait comme ego avec bonus de ne pas savoir communiquer. Son attitude serait dailleurs à l'origine de certaines
frustrations dans la tanière. Peut-être qu'il ne s'en rend même pas compte et agit (croyant parfois bien faire) avec trop d'émotion au point de frustrer ses camarades. Entre autres, A. Song serait
bien affecté par le comportement et les sauts d'humeur du capitaine. C'est ce genre d'histoire qui auraient amené Mboma à parler de situation délicate dans la tanière.
Au stade où on est, je souhaite seulement que les gars gardent le morale afin de mieux se concentrer sur l'objectif principal sans se laisser destabiliser même de l'intérieur. PLG redouterait
également d'une possible explosion. Bon espérons que ce genre de choses n'arrivent pas, que le 9 mette un peu d'eau dans son vin, même si cel `risque plus du vinaigre qu'à autre chose (rires).


Atango 08/06/2010 09:21



En fait, une bonne équipe, c'est celle qui possède un leader dans chaque compartiment : un en défense, un au milieu et un en attaque. Ma position, c'est qu'on se plaint du comportement d'Eto'o,
mais si on a fait le vide autour de lui, il faut accepter qu'il occupe la place. Si Alex Song a des états d'âme, qu'il prenne ses responsabilités. Le fait est que les Camerounais ont tous gardé
une mentalité de fonctionnaire sous le parti unique, je le constate même dans des domaines qui n'ont rien à voir avec le foot. Dire ce qu'on pense et mettre les cartes sur la table, c'est
étranger à notre mentalité. On croit que la sagesse consiste à se taire et à ruminer. Au pays, ça s'appelle "un comportement adulte et responsable". Mais c'est la source de la plupart de nos
problèmes.


Une équipe, c'est un groupe, avec des leaders qui émergent de façon naturelle. Si certains se censurent, qu'ils ne viennent pas pleurer après. Malheureusement, on se retrouve avec un milieu sans
chef, et ça se voit. En défense, j'ai vu l'autre jour Geremi entrer et prendre les choses en mains. Il était le seul à parler tout le temps, à regrouper l'équipe, à gueuler contre Nguemo et
Makoun qui sont pourtant des milieux de terrain.


On devrait avoir un Eto'o leader de l'attaque, quelqu'un d'autre qui prend le pouvoir au milieu comme Foé le faisait, et un patron de la défense. C'est un central qui devrait le faire, mais je
n'ai pas vu Nkoulou ou Mbia galvaniser les autres à aucun moment. C'est à peine s'ils se parlent pendant le match, ce qui est inquiétant pour le moins. Njitap le fera donc. A gauche, Assou Ekotto
est ce qu'on appelle en psycho un "rebelle". C'est un indépendant. Personne ne lui marchera sur les pieds, mais il n'a pas envie pour autant de devenir un leader.


Tous les autres fonctionnent à la camerounaise, c'est-à-dire qu'ils la bouclent, pensant ainsi protéger leurs intérêts.



Paradisio 07/06/2010 03:39


Le frangin, l'analyse est magnaka. Maintenant, le défi que tu devrais rélever, c'est que ce papier se retrouve dans les mains de PLG. Je souhaite que tout ce qu'il opère comme changement n'est la
résultante du doute qui pourrait l'animer?
Je voudrais croire comme certains le disent déjà, qu'il veut brouiller les cartes pour nos adversaires.


Atango 07/06/2010 12:30



C'est comment ce gars ?


Je ne pense pas que PLG ait voulu sciemment brouiller les cartes. Je crois plutôt qu'il a passé son temps à tester les joueurs et les chémas tactiques. Ca peut nous aider, même qi ce n'était pas
voulu.


Mais il y a autre chose. PLG est un grand coach, sans conteste. C'est un bon technicien, mais il a un point faible : la communication. Mon peu d'expérience s'est limité à coacher des corpos et
des élèves, mais je peux te dire que les mots que tu choisis pour parler à tes joueurs avant, pendant et après le match font parfois 50 % du boulot. Makoun parfois rêve sur le terrain : moi je
sais ce que je lui dirais pour le secouer un peu. Et il n'est seul dans ce cas. Il y a Alex Song qui est perte de confiance, et ça ne fait que s'aggraver. Il y a d'autres cas.


Mourinho nous ment avec ses petits carnets où il fait semblant de tracer des équations. Sa vraie force c'est la psycholoqie : il sait parler aux joueurs. PLG pourra faire tous les schémas qu'il
veut et essayer tous les joueurs à tous les postes, s'il n'apprend pas à communiquer avant, pendant et après les matches, ça ne sert à rien.


Une chose qui me wanda, c'est que le gars est assis et il se tient le menton quand l'équipe prend l'eau. Tu as vu Guardiola ou Mourinho ? C'est des gars qui finissent trempés de sueur à la fin du
match, Mourinho ajoutant même à cela une vraie capacité à détourner la pression sur lui en provoquant les arbitres, les journalistes, et même le public.


Ce manque de réactivité, voilà le problème de PLG et voilà notre problème.



samogo 06/06/2010 01:23


Tres bonne analyse cher ami, le Cameroun inquiète l'Afrique, et a la veille de cette grande première Continentale on se demande si vous n'allez pas nous la faire a la Zaïroise et c'est bien
dommage...

Sinon le loupé sur le dernier but Serbe était de votre numéro 5 et non de Stéphane Mbia, celui la je l'ai trouvé de loin supérieur a tous les 22 acteurs sur le terrain ce soir. Ce jeune homme ira
très très loin...


Atango 06/06/2010 11:36



Ce serait donc Bassong l'auteur du loupé. C'est encore plus inquiétant, parce que Mbia avait au moins l'excuse du penalty récent. On est vraiment mal barrés.


 


PS : Vérification faite, il s'agit bien de Mbia. Ca passe très rapidement, mais remarque le brassard blanc.



dartagnan 06/06/2010 00:07


Grrand frère ferme les yeux un instant
fais le vide autour de toi et repasse toi en mémoire les récents matches des lions
et pose toi la question fondamentale " si on avait eu Jacques Anouma a la Fecaoot il aurait pas attendu aussi longtemps pour nous faire une Vahid" lol


Atango 06/06/2010 11:55



Au-delà du pb de la fédé, il y a le système camerounais qui impose la présence des ministres des Sports dans les affaires de l'équipe nationale. C'est un système unique au monde, qui a souvent
produit pas mal de conflit. Mais apparemment, Zoah et Iya ont signé la paix des braves.


En parlant de coach, j'attends le match contre le Japon pour me faire une idée sur PLG. Si j'aperçois Makoun ou Idrissou sur le terrain, ou Mandjeck en lato droit et Emana sur le côté, je saurais
que l'ex parisien est juste un débrouillard.