The b. skin factor

Publié le par Atango

Le 22 mai 2010, à 20 h 45 tapantes sera donné le coup d'envoi de la finale de Champions League Européenne, qui verra s'affronter le Bayern de Münich et l'Inter de Milan. Sur la pelouse, le seul  "champion sortant", celui qui était là l'année dernière en tant que blaugrana et qui y revient cette année sous les couleurs nerrazuri, c'est le Camerounais Samuel Eto'o. Ce match se jouera au stade Santiago Bernabeu, antre du Real Madrid. Une pelouse qui est tout sauf anodine pour l'enfant de New-Bell : c'est celle d'un club avec lequel il a eu une relation plutôt compliquée. Un de plus.

 

"Ton Samuel Eto'o là a des comptes à régler avec tous les clubs du monde entier ?" Voilà la question que m'a posé une personne futée qui m'est chère, lorsque je lui ai appris que la finale du 22 mai serait spéciale pour Eto'o, parce qu'elle se joue à Bernabeu. Cette question pertinente m'a laissé perplexe un bon moment, mais après la perplexité vient le temps de la réflexion.


 Commençons par retracer une brève biographie de notre héros, où nous verrons que ce pur génie a toujours dû forcer le destin alors même que son talent crève les yeux.


 Eto'o arrive en France très jeune, en 1995. Il essaie d'intégrer un club ou un centre de formation, sans succès. En situation délicate, il choisit de retourner au pays. Il sera alors repéré et recruté par les techniciens de la KSA. Quelques mois plus tard, il revient en France et passe des tests non concluants au Havre. Ainsi, aucun des éminents professionnels qui l'ont rencontré lors de ces deux séjours dans l'Hexagone n'est parvenu à détecter le potentiel de la future terreur des gardiens. Etrange…


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Le jeune Samuel se retrouve alors à Madrid, où le Real lui fait signer un contrat, sans pour autant l'utiliser. Il sera prêté à Leganès, où son potentiel commencera à se développer. De retour de prêt, il n'inspire toujours pas la confiance de ses encadreurs, et il doit repartir pour Majorque, après avoir joué un seul match durant toute la saison 1998-1999. C'est dans la ciutat que la star Samuel Eto'o naîtra véritablement aux yeux du monde. Durant son séjour à Majorque (2000-2004), il brille avec les Lions Indomptables certes, mais surtout il porte à bout de bras le club baléarien, qui était un habitué du ventre mou du championnat espagnol jusque-là (et qui y retournera après le départ de sa perle noire). Le Camerounais enchaîne les exploits, à tel point que les plus grands clubs du monde se mettent sur les rangs pour se l'attacher.


 C'est alors que va se produire le troisième épisode que je trouve curieux : le Real Madrid va déployer une énergie incroyable pour empêcher tout recrutement, alors même que ses dirigeants persistent à dire qu'ils ne comptent pas lever l'option qui pourrait leur permettre de récupérer le joueur.


 Au terme d'un feuilleton assez incroyable, le FC Barcelone finit par arracher la mise et à engager l'ex (presque) madrilène, avec cependant l'intention de l'utiliser comme attaquant de soutien. On connaît la suite de l'histoire.


 J'abrège volontiers ce rappel des faits qui peut sembler long, mais qui est indispensable, car il permet de montrer que Samuel Eto'o est le seul joueur de son niveau à qui l'on a demandé et à qui l'on continue de demander, à chaque étape de sa carrière, de faire ses preuves. Ses deux séjours en France, l'épisode madrilène, son éviction du Barça, sa difficile intégration à l'Inter sont autant d'obstacles qu'il a dû franchir grâce à un talent naturel certes, mais surtout grâce à un mental à toute épreuve.


 Je prendrai un exemple au hasard : à l'été 2009, Benzema est transféré de Lyon à Madrid sans tambour ni trompette, dans les conditions normales pour ce genre d'opération (discrétion et dignité). Pendant le même temps, Samuel Eto'o qui vient d'offrir au FC Barcelone son deuxième trophée continental en trois ans est traîné dans la boue par le président Laporta, qui raconte à qui veut l'entendre des inepties dignes du ruisseau. En substance, Samuel Eto'o est accusé de "gourmandise" et d'ingratitude parce qu'il ne veut pas aider son club à se débarrasser de lui.


 Je veux qu'on me cite un seul joueur avec les mêmes états de service et à qui l'ont aurait fait subir les mêmes turpitudes. Christiano Ronaldo ? Wayne Rooney ? Thierry Henry ? Cela n'est même pas envisageable. D'où ma question : pourquoi lui ?


 Je ne suis pas du genre à voir le racisme partout. Je suis pourtant convaincu que les racines profondes de ces comportements qui ont été affichés contre Samuel Eto'o sont à chercher du côté de réflexes racistes. Autrement dit, beaucoup de choses en apparence anodines s'expliquent par the black skin factor.


 Samuel Eto'o est en effet le premier joueur africain noir, originaire d'une ancienne colonie, qui accède au statut de star planétaire du football et qui n'hésite pas à dire aux journalistes de la puissance tutélaire qu'ils peuvent aller voir leurs mamans s'ils ne sont pas contents. Cette phrase n'est pas anecdotique, elle révèle plutôt le caractère bien trempé du bonhomme, son absence absolue de complexe d'infériorité. Or, l'essence du racisme réside dans le complexe de supériorité.


 Samuel Eto'o, du haut de ses 17 ans à l'époque, n'avait pas hésité à aller voir Florentino Pérez, le président du club madrilène, pour lui demander pourquoi on ne le faisait pas jouer. On se souvient tous de la réponse que fit le roi de la Galaxie blanche à ce petit africain arrogant.


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Nous qui vivons en Occident, nous expérimentons au quotidien le petit racisme ordinaire qui, tel un mauvais virus, peut présenter différentes versions : celui qui fait passer votre CV au bas de la pile, celui qui empêche votre patron de voir vos résultats (comme par hasard), celui qui pousse vos amis à vous dire que vous devez être ravi(e) de vivre ici, ou qu'ils vous admirent parce que vous êtes "quand même" talentueux, etc. Dans nos activités à nous, ce petite racisme là fait des ravages, mais il demeure invisible : on peut toujours masquer les mauvais résultats du comptable médiocre qu'on a embauché à votre place ; ou encore la blanche secrétaire qu'on vous a préférée ne vaut pas tripette, mais bon, la boutique tournera malgré son insondable cruchitude. Dans le monde du football spectacle par contre, les conséquences sont immédiates et diffusées en mondovision. Ainsi, le Real a été puni et puni encore par un Samuel Eto'o furieux à chaque classico, et le Barça, son président, son coach, et ce cher "feeling" dont je commence à comprendre la nature, ont récemment payé cash l'erreur d'avoir traité Samuel Eto'o comme un nègre, alors qu'il ne demandait qu'à être considéré comme un Homme.


 Je me souviens de ce geste éloquent par lequel l'Africain qu'il est avait célébré son but en finale de la CL 2009. Par la suite, il avait donné de cet acte une signification fabriquée exprès pour les journalistes crédules.


 Pour ma part, j'ai ma petite idée là-dessus.

Publié dans Chroniques

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dartagnan 05/05/2010 13:43


cher atango félicitations pour l'originalité et la qualité de ton blog o com^bien fascinant et attractif ...je ne saurais résister à l'envie de me prêter au jeu alors je te dirais pour infos
complémentaires que SEF fait état dans sa biographie perso (éditée en espagnol) de ce qu'il n'aurait pas été retenu lors de ses différents essais du fait de sa situation administrative...c'est
d'ailleurs parce que sans papiers, qu'il va faire le chemin inverse et rentrer au Cameroun. L'histoire dit qu'il aurait été répéré a montaigu par des émissaires venus superviser le jeune
B.Kalou....tout celà je parie que tu le sais déja , mais tu l'as éludé dans ton article . Pour ce qui est de son transfert vers Barcelone , au risque de me tromper je me souviens que le Real madrid
en 2003 n'avait pour seule ambition que de le soustraire à l'emprise de Mallorca pour le preter a l'atletico ou a valence (o il fut un temps annoncé) ....finalement grace au soutien de la famille
alemani il n'en sera rien et mallorca qui disposait de droits sur le joueur va bloquer toute transaction allant dans ce sens . Madrid va finalement céder à l'aventure Barcelonaise du fait de
l'insistance du joueur, de la pression de mallorca et surtout de la rondeur des chiffres avancés par Laporta & Co..... en gros il n'a jamais été sous évalué en Espagne et si Madrid n'en a pas
voulu c'est parce qu'à ce moment il était en concurrence avec d'illustres joueurs tels que Ronaldo raul..pour ne citer que ceux là


Mbanga-Kumba 30/04/2010 23:19


Il sera vraiment difficile que le fils du teroir soit un jour BO. Que l'on aime Eto'o ou pas il va sans dire qu'il aura marqué de son empreinte l'histoire du Football mondial. Vive le fils du Mboa.
Vive les LIONS


Indomptable 30/04/2010 19:32


Pour son caractere "trempe" c'est le propre des New-Bellois. Comme moi... (rires faches)


Atango 30/04/2010 16:13


@ Sawa

On est nombreux à subir ça comme lui, mais lui il est visible, et j'apprécie beaucoup qu'il arrive non seulement à transcender ces multiples obstacles, mais aussi à vaincre, encore et toujours. Ca
fait du bien à nous tous, parce que ça fait avancer les choses.

Il a besoin de tout notre soutien, parce que ses victoires sont bénéfiques pour nous tous, même si certains ne s'en rendent pas compte.

Il est l'un des premiers à atteindre ce niveau, à gagner autant et tout en gardant sa fierté. C'est pourquoi on cherche à l'abattre. S'il n'avait pas eu de personnalité comme les autres Drogba,
Keita et consort, on lui aurait fichu la paix. Mais le gars est droit et orgueilleux, et ça ça énerve les petits racistes complexés.


Sawa 30/04/2010 13:16


Ton article est une telle pertinence, somme toute vérité des plus évidentes, que je tenais à te remercier, de nous permettre d'avoir cet angle vue, sur la carrière de l'élu du football africain.
Que dire du geste de SEF lorsqu'il célébra son but en finale à Rome, sinon qu'il est tout simplement dans la droite ligne de ce qu'il avait jadis annoncé. "Je suis venu ici pour courir comme un
nègre et vivre comme un blanc" dixit SEF. Les occidentaux et les plus naïfs ne comprennent pas encore toute la portée du combat, que ce digne fils de la terre de Manage Bell, est en train de mener
depuis maintenant plus d'une décennie. Dans quelques années, on ne parlera plus de lui seulement comme d'un grand champion, cela arrivera forcément qu'ils lui reconnaissent ses mérites, mais on
manquera point de souligner qu'il aura également été un autre martyr de cette éternelle lutte entre les hommes de races différentes.